Pierre Michon : le texte miraculeux

Pierre Michon


PIERRE MICHON - écrivain
réalisation : Philippe Troyon

Rimbaud, une obscurité euphonique

La découverte de la vérité littéraire pour un adolescent creusois, aux textes illisibles de Rimbaud.

Pierre Michon est un écrivain français né le 28 mars 1945 à Châtelus-le-Marcheix (au hameau Les Cards) dans la Creuse.

Pierre Michon naît à Châtelus-le-Marcheix dans la maison de ses grands-parents. Il est élevé par sa mère institutrice après que son père eut quitté le foyer. Il passe son enfance à Mourioux puis au lycée de Guéret, où il est pensionnaire. Il étudie ensuite les Lettres à Clermont-Ferrand et veut consacrer à Antonin Artaud un mémoire de maîtrise, projet qu’il abandonnera. Il voyage par la suite dans toute la France, ayant rejoint une petite troupe de théâtre. Michon n’exerce pas de profession stable.

À trente-neuf ans, il entre dans la vie littéraire avec la publication des Vies minuscules qui obtient le prix France Culture 1984. Il déclarera plus tard que ce livre l’a « sauvé » : soit il devenait écrivain, soit il devenait clochard (sa situation financière devenait de plus en plus inquiétante).

À ce livre succèdent Rimbaud le fils, ensemble de textes courts sur la destinée d’Arthur Rimbaud, analysant le poète qui a déjà fait couler beaucoup d’encre sous un angle nouveau, celui des personnes qui l’ont côtoyé dans son enfance et ceux qui l’ont guidé sur le chemin de la poésie. Puis, dans une veine romanesque, La Grande Beune et Abbés. Dans Vie de Joseph Roulin, il relate l’histoire du facteur six fois pris en modèle par Van Gogh et mesure ainsi l’écart entre la misère, l’agonie du peintre d’Auvers-sur-Oise, et l’avenir inimaginable de ses tableaux après sa mort.

En 2009, Pierre Michon publie Les Onze, un livre dans lequel il évoque l’histoire du peintre Corentin et celle de la Révolution française à partir de la description d’un grand tableau représentant les onze membres du Comité de salut public (Robespierre, Saint-Just, Barrère, etc.) pendant la Terreur, qui serait exposé au Louvre (en réalité le peintre et le tableau sont fictifs).

Pour ce roman, Michon reçoit le 29 octobre 2009 le Grand prix du roman de l’Académie française1.

Il est le père d’une fille, Louise, née le 11 octobre 1998.

Vies minuscules (1984)

Ce livre se présente comme une suite de nouvelles ou « vies » de personnages côtoyés par le narrateur durant son enfance, rencontrés ou retrouvés plus tard dans sa vie d’errance. Le récit, pris dans son ensemble, s’apparente au genre autobiographique, non pas comme une confession, mais comme une exploration du destin d’écrivain du narrateur, dont tout l’enjeu du livre est qu’il soit mené à bien.

Style littéraire et influences

Pierre Michon, c’est avant tout un travail acharné sur la langue, et c’est dans ce sens que l’on peut se permettre de rapprocher les écrits de Michon de la poésie en prose : chaque mot est choisi précisément et a une signification propre dans la phrase ; de plus, l’écriture de Michon est profondément orale, dans le sens où chaque phrase a une musicalité qui la rapproche d’un discours ou d’un texte poétique chanté.

Le premier point a amené certains auteurs à trouver dans les écrits de Pierre Michon une influence des grands orateurs du xviie siècle. Le dernier point pourrait se voir comme une influence de la poésie chantée des troubadours du Moyen Âge, et comme une tentative de retour au langage parlé, dont on a semble-t-il perdu le lien. Dans son ouvrage, Le Roi vient quand il veut, Michon expose sa vision de la littérature et ses buts littéraires. Il explique notamment son rapport à la peinture, dont nous aurons un exposé dans Les Onze ; ou encore son rapport à Rimbaud, à qui il avait consacré Rimbaud le Fils, ou encore son admiration pour le célèbre roman de Flaubert Madame Bovary, dans lequel on trouve, selon lui, une richesse inégalée dans la littérature, à part peut-être dans la Bible. Comme l’auteur l’a déclaré lui-même dans ce même ouvrage, on peut le rapprocher d’autres auteurs modernes, notamment Pierre Bergounioux.

Métropolitain

Arthur Rimbaud

Du détroit d’indigo aux mers d’Ossian, sur le sable rose et orange qu’a lavé le ciel vineux viennent de monter et de se croiser des boulevards de cristal habités incontinent par de jeunes familles pauvres qui s’alimentent chez les fruitiers. Rien de riche. — La ville !
Du désert de bitume fuient droit en déroute avec les nappes de brumes échelonnées en bandes affreuses au ciel qui se recourbe, se recule et descend, formé de la plus sinistre fumée noire que puisse faire l’Océan en deuil, les casques, les roues, les barques, les croupes. — La bataille !
Lève la tête : ce pont de bois, arqué ; les derniers potagers de Samarie ; ces masques enluminés sous la lanterne fouettée par la nuit froide ; l’ondine niaise à la robe bruyante, au bas de la rivière : les crânes lumineux dans les plans de pois — et les autres fantasmagories — La campagne.
Des routes bordées de grilles et de murs, contenant à peine leurs bosquets, et les atroces fleurs qu’on appellerait cœurs et sœurs, Damas damnant de longueur, — possessions de féeriques aristocraties ultra-Rhénanes, Japonaises, Guaranies, propres encore à recevoir la musique des anciens — et il y a des auberges qui pour toujours n’ouvrent déjà plus — il y a des princesses, et si tu n’es pas trop accablé, l’étude des astres — Le ciel.
Le matin où avec Elle, vous vous débattîtes parmi les éclats de neige, les lèvres vertes, les glaces, les drapeaux noirs et les rayons bleus, et les parfums pourpres du soleil des pôles, — ta force.