Institut Français de Grèce - Athènes 2016

Philippe Lacadée : l’école, cette expérience de l’autre

Écrit par Joëlle Cantin 17/06/2016

Le psychanalyste Philippe Lacadée était le 20 mai 2016, l’invité de l’Institut français de Grèce pour conclure -temporairement- une saison de rencontres sur l’éducation*.

Philippe Lacadée est membre de l’Ecole de la cause freudienne et de l’organisation mondiale de psychanalyse et c’est dans le cadre de sa pratique psychanalytique qu’il contribue depuis de nombreuses années à la réflexion pédagogique.

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Il est l’auteur de « La vraie vie à l’école : La psychanalyse à la rencontre des professeurs et de l’école » et de « Vie éprise de parole. Fragments de vie et actes de parole », des ouvrages qui s’appuient sur les actions au long cours menées au collège Pierre Sémard, à Bobigny **, avec l’équipe pédagogique*** ainsi que sur les ateliers mis en place dans la région bordelaise où il exerce.

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VOIR > LE SITE INSTITUT FRANÇAIS ATHENES

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C’est donc d’une pensée théorique solidement arrimée au réel qu’il s’agit ici.
En faisant ainsi pénétrer la psychanalyse dans l’école, le but n’est évidemment pas de transformer les enseignants en thérapeutes et d’oublier que l’objectif de l’institution scolaire, c’est la transmission d’un savoir.

Philippe Lacadée rappelle d’ailleurs cette phrase de Hegel « Le vrai désir, c’est le désir d’apprendre ». Il s’agit plutôt d’installer des lieux de parole, où les enseignants peuvent dire les difficultés qu’ils rencontrent dans leur métier qui, bien qu’inscrit dans une forte collégialité, est aussi souvent l’occasion d’une grande solitude. Philippe Lacadée souligne qu’à la question récurrente des élèves « A quoi ça sert d’apprendre ? » répond de façon tout aussi récurrente la protestation des enseignants « Nous n’avons pas été formés pour ça » ; et par « ça », il faut entendre l’élève en difficulté, l’élève et ses multiples difficultés.

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Si Hegel a raison, il faut pourtant reconnaître que la motivation, pour un très grand nombre d’enfants et adolescents, n’est pas spontanément au rendez-vous. Pour l’adolescent particulièrement, la « vraie vie » semble presque toujours ailleurs, plus directe et plus authentique.

Et s’il n’est pas question d’assigner aux enseignants un rôle de thérapeutes, l’école ne peut pas davantage refuser de prendre en compte les réalités qui touchent aux élèves : fragilités liées à l’âge, aux situations familiales, etc... Pas plus qu’elle ne doit être sourde aux difficultés d’enseigner, l’école ne peut refuser d’entendre et d’accueillir les souffrances des élèves, des souffrances qui parfois deviennent des obstacles à l’apprentissage. Dans un texte sur la psychologie du lycéen, Freud mettait en garde contre une « école qui revendiquerait pour elle-même l’inexorabilité de la vie ».

Comment faire donc pour que l’école soit un peu de cette « vraie vie » ?
Pour Philippe Lacadéé, la vie étant avant tout une affaire de rencontres, il s’agit que l’école soit une bonne rencontre avec le réel...et avec les enseignants. C’est toute l’importance du lien nécessaire entre les élèves et les professeurs. Le psychanalyste a à ce propos cette belle formule « Il n’y a pas un corps enseignant mais des corps enseignants ». Et seule cette présence de l’enseignant, fortement investie, permet la rencontre, indispensable à la relation pédagogique. Les exemples ne manquent pas de cancres à la réputation solidement établis qui ont été sauvés de leur refus de savoir par des enseignants présents et perspicaces.

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En deux heures de conférence, Philippe Lacadée n’a pas proposé de recettes miracles mais une réflexion stimulante sur la relation pédagogique, à rebours des jugements défaitistes sur l’école et des débats toujours recommencés sur les réformes et les programmes. C’est ici le lien qui unit élèves et professeurs qui était questionné. Et c’est sans nul doute ce lien lui-même qui détient aussi la réponse.


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VOIR > "L’adolescent et la vraie vie"
Entretien Philippe Lacadée - Joseph Rossetto
Réalisation : Philippe Troyon

*Ces rencontres ont été organisées en collaboration avec la Direction de l’enseignement secondaire d’Attique de l’est.
** Bobigny est situé en banlieue parisienne
*** Les enseignants mais aussi le personnel administratif qui dirige et encadre la vie de l’établissement : directeur, adjoints, conseiller d’éducation, etc...


Philippe Lacadée : l’école, cette expérience de l’autre

Le psychanalyste Philippe Lacadée était le 20 mai dernier l’invité de l’Institut français de Grèce pour conclure -temporairement- une saison de rencontres sur l’éducation*.
P. Lacadée est membre de l’Ecole de la cause freudienne et de l’organisation mondiale de psychanalyse et c’est dans le cadre de sa pratique psychanalytique qu’il contribue depuis de nombreuses années à la réflexion pédagogique. Il est l’auteur de « La vraie vie à l’école : La psychanalyse à la rencontre des professeurs et de l’école » et de « Vie éprise de parole. Fragments de vie et actes de parole », des ouvrages qui s’appuient sur les actions au long cours menées au collège Pierre Sémard, à Bobigny **, avec l’équipe pédagogique*** ainsi que sur les ateliers mis en place dans la région bordelaise où il exerce.
C’est donc d’une pensée théorique solidement arrimée au réel qu’il s’agit ici.
En faisant ainsi pénétrer la psychanalyse dans l’école, le but n’est évidemment pas de transformer les enseignants en thérapeutes et d’oublier que l’objectif de l’institution scolaire, c’est la transmission d’un savoir. Philippe Lacadée rappelle d’ailleurs cette phrase de Hegel « Le vrai désir, c’est le désir d’apprendre ».Il s’agit plutôt d’installer des lieux de parole, où les enseignants peuvent dire les difficultés qu’ils rencontrent dans leur métier qui, bien qu’inscrit dans une forte collégialité, est aussi souvent l’occasion d’une grande solitude. Lacadée souligne qu’à la question récurrente des élèves « A quoi ça sert d’apprendre ? » répond de façon tout aussi récurrente la protestation des enseignants « Nous n’avons pas été formés pour ça » ; et par « ça », il faut entendre l’élève en difficulté, l’élève et ses multiples difficultés.
Si Hegel a raison, il faut pourtant reconnaître que la motivation, pour un très grand nombre d’enfants et adolescents, n’est pas spontanément au rendez-vous. Pour l’adolescent particulièrement, la « vraie vie » semble presque toujours ailleurs, plus directe et plus authentique. Et s’il n’est pas question d’assigner aux enseignants un rôle de thérapeutes, l’école ne peut pas davantage refuser de prendre en compte les réalités qui touchent aux élèves : fragilités liées à l’âge, aux situations familiales, etc... Pas plus qu’elle ne doit être sourde aux difficultés d’enseigner, l’école ne peut refuser d’entendre et d’accueillir les souffrances des élèves, des souffrances qui parfois deviennent des obstacles à l’apprentissage. Dans un texte sur la psychologie du lycéen, Freud mettait en garde contre une « école qui revendiquerait pour elle-même l’inexorabilité de la vie ».
Comment faire donc pour que l’école soit un peu de cette « vraie vie » ?
Pour Philippe Lacadéé, la vie étant avant tout une affaire de rencontres, il s’agit que l’école soit une bonne rencontre avec le réel...et avec les enseignants. C’est toute l’importance du lien nécessaire entre les élèves et les professeurs. Le psychanalyste a à ce propos cette belle formule « Il n’y a pas un corps enseignant mais des corps enseignants ». Et seule cette présence de l’enseignant, fortement investie, permet la rencontre, indispensable à la relation pédagogique. Les exemples ne manquent pas de cancres à la réputation solidement établis qui ont été sauvés de leur refus de savoir par des enseignants présents et perspicaces.
En deux heures de conférence, Philippe Lacadée n’a pas proposé de recettes miracles mais une réflexion stimulante sur la relation pédagogique, à rebours des jugements défaitistes sur l’école et des débats toujours recommencés sur les réformes et les programmes. C’est ici le lien qui unit élèves et professeurs qui était questionné. Et c’est sans nul doute ce lien lui-même qui détient aussi la réponse.

Écrit par Joëlle Cantin 17/6/2016

*Ces rencontres ont été organisées en collaboration avec la Direction de l’enseignement secondaire d’Attique de l’est.
** Bobigny est situé en banlieue parisienne
*** Les enseignants mais aussi le personnel administratif qui dirige et encadre la vie de l’établissement : directeur, adjoints, conseiller d’éducation, etc...