Une trace de pas en Tanzanie

Yves Coppens


YVES COPPENS - paléoanthropologue
réalisation : Philippe Troyon

L’imaginaire au service d’une énigme concrète du passé.

Yves Coppens, né à Vannes le 9 août 1934, est un paléontologue et paléoanthropologue français, professeur honoraire au Collège de France.

En France, son nom est attaché à la découverte en 1974 du fossile surnommé Lucy, puisqu’il était avec l’Américain Donald Johanson et le Français Maurice Taïeb l’un des trois codirecteurs de l’équipe qui l’a mis au jour.

Travaux

À partir de 1983, Yves Coppens popularise sous le nom d’East Side Story, un modèle proposé initialement par l’éthologue hollandais A. Kortlandt. Il s’agit d’une explication environnementale pour rendre compte de l’acquisition de la bipédie permanente, qui sépare les Homininae et les pré-Paninae. Suite aux découvertes de Toumaï et surtout celle d’Abel par l’équipe franco-tchadienne de Michel Brunet, Yves Coppens remet lui-même en cause cette théorie en 2003. Il maintient cependant ce scénario pour comprendre l’émergence de la bipédie permanente du genre Homo, distincte des autres homininae (espèces du genre Australopithecus) et popularisée par un jeu de mot "Omo event" (vallée de l’Omo dans le rift éthiopien), comme en 2009 au colloque de l’Académie des sciences en hommage à Charles Darwin et à sa théorie de l’évolution des espèces par adaptation anatomique graduelle à des changements de l’environnement (en l’occurrence l’apparition de la savane entre 2,5 et 1,8 million d’années) sans pour autant souscrire à l’origine accidentelle ou hasardeuse des mutations.

Yves Coppens a également développé l’idée selon laquelle l’acquis a pris le pas sur l’inné, ce qui aurait notamment ralenti l’évolution humaine depuis plusieurs dizaines de milliers d’années.

Il remet en cause l’importance conférée au hasard dans la théorie néo-darwinienne : « Au risque de faire hurler les biologistes, et sans revenir aux thèses de Lamarck, je crois qu’il faudrait s’interroger sur la façon dont les gènes pourraient enregistrer certaines transformations de l’environnement. En tout cas, le hasard fait trop bien les choses pour être crédible… ».

Il soutient la thèse selon laquelle « le développement technique et culturel dépasse le développement biologique », c’est-à-dire que l’évolution biologique a précédé l’évolution culturelle, cette dernière étant considérée comme davantage déterminante des transformations du genre Homo jusqu’à l’anatomie moderne.

Origine de l’homme moderne

Pour la majorité des auteurs, Homo sapiens serait apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans et se serait répandu il y a 60 000 ans à travers le monde. Cette théorie est connue du public sous le nom anglais d’Out of Africa et sur le plan scientifique sous le nom d’« hypothèse d’une origine unique récente » (en anglais « recent single-origin hypothesis ou RSOH), « hypothèse du remplacement » (replacement hypothesis) ou modèle de l’« origine africaine récente » (recent african origin ou RAO). D’autres chercheurs, dont Yves Coppens, ne croient pas à la seule origine africaine d’Homo sapiens et défendent depuis les années 1980, la théorie multirégionale ou « théorie de continuité avec hybridation ». Selon cette théorie, qu’Yves Coppens aime nommer « Out of nowhere », le passage d’Homo erectus à Homo sapiens s’est fait parallèlement dans toutes les régions du monde, sauf dans un certain nombre de régions particulièrement isolées, notamment en Europe ou Homo erectus n’a pas évolué en H. sapiens mais a donné naissance à l’homme de Néandertal. Par la suite, selon lui, il y a sans doute eu un « grand métissage » entre les Homo sapiens venus d’Afrique et ceux se trouvant sur place.