L’hétérogène de l’écriture - Faïencerie de Creil

L’hétérogène révèle ce qui est insaisissable, ce balancement entre violence irrépressible de l’inscription des traces (primordiales sur le corps) et leur possible métamorphose
dans la création artistique comme visée civilisatrice.

L’Hétérogène de l’écriture.

Rencontre organisée par L’Éphémère/Laboratoire.
Samedi 27 mars 2010

Espace culturel La Faïencerie, salle Le Canneville.
Creil 60300


Comité scientifique :
Brigitte Baptandier,
Liliane Gherchanoc,
Alain Sounier

LIRE LE RESUME DES INTERVENTIONS >

PDF - 1 Mo

Le texte en filigrane

Brigitte Baptandier (Directrice de recherche, L.E.S.C., C.N.R.S./Université Paris
Ouest) :

« L’écriture, un seuil entre les mondes. Pratiques de glyphomancie en Chine »

En Chine, l’origine et l’invention de l’écrit tout à la fois sont liées à l’usage divinatoire. La mantique de Zhuge consiste en l’analyse d’un message chiffré, caché dans un texte volontairement émaillé de « trous », où se cache du sens. La réponse sibylline à une question restée secrète y fait irruption par le biais d’un va-et-vient qui s’opère entre les données écrites en caractères d’écriture et le nombres des traits auxquels ceux-ci sont réduits. On pourra comparer cette glyphomancie au « bloc magique » et à l’encryptage des souvenirs dans le tissu de la mémoire où ils font leur chemin par effraction.


Déborah Puccio-Den (Chargée de recherche, GSPM-Institut Marcel Mauss,
CNRS-EHESS)

« Faire le texte », faire un enfant : coutume et destins des jeunes femmes d’ Aínsa (Aragon)

À l’Ainsa, les rôles du théâtre coutumier - la Morisma - mettant en scène le passé mauresque de cette ville du haut Aragon espagnol, sont distribués selon l’âge, le sexe et le statut social des habitants. Deux seuls personnages sont interprétés par des femmes : la reine maure et la reine chrétienne. Les jeunes filles en âge de se marier peuvent les jouer jusqu’au moment d’enfanter, puis elles doivent les abandonner. Nous essayerons de saisir la logique implicite de cette règle qui veut qu’on ne puisse pas, en même temps, s’approprier un texte théâtral et porter un enfant, en écoutant les récits et les péripéties de plusieurs « reines ». La manière dont elles se sont pliées à cette coutume, ou les multiples façons dont elles l’ont transgressée, éclaireront le rapport corporel, à la limite de l’insoutenable, entre les femmes et l’écrit.


Un jeu de l’enfance : la réinvention de l’écriture

Gladys Chicharro-Saito (Maître de conférences, Université Paris 8, Département
des Sciences de l’éducation

« Du pinceau à l’ordinateur : Révolution numérique et réinvention de l’écriture par les jeunes Chinois »

Comme un peu partout dans le monde, les jeunes Chinois se sont emparés des nouvelles technologies : eux aussi « chatent » ou s’envoient constamment des textos. Or pour écrire des milliers de caractères à partir d’un clavier alphanumérique d’ordinateur ou de téléphones portables, des méthodes de saisies très particulières sont nécessaires. Pour différentes raisons qui seront présentées, celles-ci permettent aux enfants de se réapproprier voire de véritablement réinventer l’écriture.


Philippe Troyon (Cinéaste, réalisateur) :
« Cellulogrammes [cellulaires – grammes] »

C’est une écriture. Une forme d’écriture avec le téléphone portable. Images, mots, pixels sont les fragments d’un langage nouveau, issus d’un usage, d’une envie ou une perte de mémoire. Les cellulogrammes sont des petits films en plan séquence d’une minute faits par des enfants de 8 à 17 ans sur un thème choisi. Comme toute image suscite ou provient d’un désir d’écriture, ces tableaux intimes deviennent une sorte de carnet de poèmes, une pédagogie de l’image.


Du corps au texte

Claude L. et Clovis Prévost (Cinéastes, auteurs réalisateurs) :
« Les « écritures » de Chomo ».
Ses manuscrits le montrent : les écrits de Chomo se tiennent du côté de la parole de rupture, des violences et révoltes du corps du cœur de l’âme ; dans un espace ancré en mémoire soudain libérée et fidèle à la langue française. Là l’invention d’un code alphabétique pour une écriture épurée provoque et visualise avertissement, mise en garde, appel déchirant, manières de proverbes, éveil encore poétique apaisant.

Des écriteaux cloués aux arbres interpellent et marquent le franchissement d’une frontière ; hermétiques au premier regard troublé par une calligraphie remontant par-delà les conventions scripturaires ; directs une fois phonétiquement déchiffrés. Une pratique plastique du secret et de la limite.

Tracé sur papier le texte-poème aux impulsions oniriques recourt à la majuscule rigide impérative et fraye avec des mots-images soulignés de traits de couleur, les rythmes et fractures d’une substance sonore hallucinatoire, son épaisseur quasiment dessinée. Il est la base d’une partition musicale articulée dans ses extrêmes : proche de la forêt parfois ; d’une nuit ardente aussi, plus obscure, Le Suicide de Satan. On y lit la voix scandant des associations de sons et de sens, des onomatopées, proto-langage du poète illettré avant que tout ne devienne abstrait, conventionnel, explicite. Signé ROGER CHOMO. Trois O : occultisme naturel. Invention d’écriture à la saveur de vins très sauvages.

Projection du film « Le fou est au bout de la flèche ». Avec quelques photographies de Clovis Prévost.