La rencontre : chercheurs et cinéaste

le temps de la recherche

Les premières démarches

Céline Giustranti, [pôle communication] nous a accueilli par l’intermédiaire de Michel Bornens chercheur à l’Institut Curie.

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L’institut Curie a accepté notre projet d’Observatoire Documentaire. Elle trouve la démarche originale et saisit cette occasion pour créer un lien innovant entre les nombreux chercheurs qui travaillent par "unité" de façon un peu cloisonnée. Elle a demandé à plusieurs unités si l’idée de l’Observatoire les intéresserait. Plusieurs ont répondu favorablement mais deux unités se sont montrées plus adaptées à la situation :

UNITE UMR144 - Compartimentation et dynamique cellulaires
BIOLOGIE CELLULAIRE SYSTÉMIQUE DE LA POLARITÉ ET DE LA DIVISION
Matthieu Piel

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UNITE U932 - Immunité et cancer
DIALOGUE ENTRE CELLULES T ET CELLULES DENDRITIQUES
Claire Hivroz

Chaque unité comporte environ 5 à 10 post-docs qui viennent du monde entier.

La première rencontre a eu lieu en Janvier 2013 à l’Institut Curie.

Présence : équipe de Matthieu Piel - équipe de Claire Hivroz

Présentation du projet par Marc Boissonnade [directeur de F93] et Philippe Troyon, cinéaste, responsables des Observatoires Documentaires pour Périphérie et Imaginem.


Texte de Marc Boissonnade :
LÀ OÙ C’ÉTAIT PLUSIEURS (2013-2015)

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On dit de plus en plus que les recherches en sciences auraient comme « dérivé ». Qu’elles seraient aux prises avec un destin singulier. Qu’en somme, elles auraient atteint un degré de complexité qui les rendrait inaccessibles, que leurs récentes et multiples évolutions ne cesseraient de les entraîner sur des chemins qui les écartent toujours davantage. Or, ce qui nous paraît frappant au contraire, c’est la multiplicité des liens et des rapports entre certaines recherches scientifiques et nos sociétés. Dès lors, nous ne croyons pas qu’il faille se demander si les sciences, ayant pris une telle distance, doivent être rattrapées ou rapatriées, mais plutôt, elles qui sont si proches de nous, et donc si liées à notre monde, comment faire pour que nous arrêtions de les sentir comme projetées au loin et situées à une distance presque infranchissable.

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Cette réflexion, à l’origine de « Là où c’était plusieurs », F93 a souhaité la prolonger en coopération avec l’Institut Curie et plus précisément en proposant à deux de ses équipes, l’une dirigée par Matthieu Piel, active dans le domaine de la biologie cellulaire, et l’autre dirigée par Claire Hivroz, spécialisée dans le système immunitaire, d’accueillir le cinéaste Philippe Troyon et son dispositif intitulé « Observatoire documentaire ». Pendant deux années, ce sixième observatoire du cinéaste, mais le premier en milieu scientifique, va fonctionner en grande partie grâce au personnel des deux équipes, mis à contribution par Philippe Troyon pour filmer leur travail au quotidien.

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Si, grâce à cet observatoire et à son dispositif à la fois culturel, artistique et tout en coopération, nous croyons réellement en la possibilité de documenter par l’image la complexité croissante de la recherche et son éloignement de la société, nous avançons néanmoins dans cette démarche avec un doute à l’esprit : l’impression qu’une certaine accumulation dans les projets de culture scientifique ont pour effet d’appauvrir les rapports qu’on a avec les sciences. Il y aurait là comme qui dirait un mécanisme quantitatif qui se joue. Cela signifie-t-il qu’une certaine rareté ou une certaine retenue dans les projets pourrait à l’inverse préserver une disponibilité et une souplesse dans l’interprétation ? Disons que plus le rapport avec la recherche scientifique est fréquent (journaux, internet, musée, télévision, etc.), plus des familiarités se créent, et plus des habitudes se cristallisent. Et dans ce cas, le plus fréquent peut devenir le plus acceptable, et bientôt le seul recevable. Bien sûr, ce processus n’est pas univoque, et il est certain aussi que la familiarité croissante avec les réalités de la recherche en science, par le biais notamment de la culture scientifique, peut élargir la capacité d’interprétation de chacun et donner ainsi accès à des différentiations possibles. Nous ne sommes pas, cela va de soi, pour une raréfaction du rapport entre le public et les sciences, mais il faut bien comprendre, qu’aujourd’hui, ce rapport quotidien qui est offert au public peut avoir pour effet paradoxal d’en rigidifier les lectures.

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Cela étant dit, nous savons que nous n’ôterons pas ce doute de notre observatoire en rendant plus rare l’accès du public aux chercheurs de l’Institut Curie, mais en réussissant à bâtir un film qui rende leur fréquentation moins vouée aux habitudes et aux familiarités.