Ecritures

PLUSIEURS ETAPES

Ecritures : 2013 - 2014
Tournages : 2014 - 2015

Première approche de l’écriture documentaire « Là où c’était plusieurs »

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Une idée de départ : "il s’agirait de faire un film « autrement » sur le travail, la pensée scientifique". Une hypothèse cinématographique documentaire qui aurait à voir avec le temps de la recherche. La part invisible. D’un côté, un groupe de chercheurs en biologie moléculaire. De l’autre, un cinéaste. Non pas, « faire un film sur » mais « faire un film avec » des scientifiques de l’Institut Curie.

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Un film en trois temps.

1. L’approche. Pour commencer, l’équipe de chercheurs serait incluse dans la démarche cinématographique en étant sensibilisée au cinéma documentaire, à son langage, à ces codes. Penser et filmer collectivement, voir ensemble – la perception, le surgissement et l’accident à saisir.

2. A propos d’un film à faire. Dans un second temps, le cinéaste et l’équipe de chercheurs travailleraient collectivement à des idées de films possibles, à des fragments, par le truchement d’exercices filmiques, photographiques, d’écritures...

3. L’objet film. La dernière étape. La singularisation du regard du cinéaste après le cheminement collectif. Le moment où il s’agit de filmer le travail, les interactions, les signes, les espaces et les corps traversés par la pensée au travail...

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Chaque groupe est en recherche, il doit laisser apparaître des moments infimes de clartés. Pour percevoir les coïncidences, il faut avoir l’esprit libre.


La réalité du "terrain" et du réel

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La démarche classique des Observatoires Documentaires, amène une équipe O.D à écrire sur le papier un certain nombre d’intentions qu’elle souhaite faire passer dans un film dit "documentaire" mais qu’il faudrait plutôt nommé : "film - constat" (pour reprendre la terminologie de Gilles Deleuze).

Ce genre de film collectif est difficile a mené non seulement parce qu’il est collectif, mais aussi parce qu’il est difficile de mobiliser chaque membre du groupe en même temps. Chacun n’a pas le même rythme d’absorption du réel ou de l’imaginaire. Les thématiques et les imaginaires dégagés sont également très compliqués à développer pour des non professionnels.

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Avec cet Observatoire, nous avons rencontré plusieurs difficultés :

1 - la langue commune est un anglais très simplifié et surtout très orientée scientifique. (les post docs sont majoritairement des étrangers).

2 - la disponibilité de chaque post-doc qui est très concentré sur sa recherche (une concentration maximum et très personnelle) est très faible. Les chercheurs sont liés à un contrat et sont pris par le stress du résultat et de la production d’une édition dans une revue scientifique de renom [Science - Nat Cell ...] dans un temps très court.

Contrairement aux autres Observatoires souvent situés dans un milieu de service (social, éducatif), les contraintes ne sont pas les mêmes et vont souvent de paire avec leurs préoccupations quotidiennes. Il n’y a pas trop de décalage entre la démarche documentaire et leur travail. Il y a un point commun important : l’observation.

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A l’Institut Curie, même si le travail d’équipe est essentiel, ce que les chercheurs observent, est plus dans leurs microscopes et sur leurs écrans d’ordinateurs que sur la personne humaine comme dans une crèche, une école ou un foyer de vie.

D’ailleurs se pose beaucoup cette question : comment passer de la recherche à l’application d’une découverte ?

Comment trouver la bonne méthode pour arriver à partager un langage commun cinématographique et en dégager quelques intentions ?

Après avoir mené avec succès la partie I : "initiation au cinéma documentaire ou de fiction", tant dans l’assiduité, la disponibilité, la découverte culturelle que dans la découverte d’un autre métier, de son langage, de ses techniques, nous avons trouvé une méthode originale de travail commun.

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Nous avons utilisé le iPad comme moyen d’écritures (notes, réflexions ...) et comme moyen de captation images et sons in situ. Un carnet de notes en textes, images et sons. Avec l’avantage du partage.

Tout ce qui a été ainsi produit par les chercheurs, Julien Pornet et Philippe Troyon ont été gardés sous forme de fichiers et ont été visionnés ensemble. C’est une façon assez innovante pour participer à la création d’un objet filmique et d’une réflexion commune. En parallèle de ce travail collectif, Philippe Troyon a commencé un travail personnel de cinéaste avec son iPad comme un outil de repérages et d’écriture. Cela lui a permis de se "fondre" dans le quotidien de chacune de ces deux équipes.


Il y a eu trois types d’écritures :

1- Ecriture "paillasse"
2- Ecriture "tournage"
3- Ecriture "montage"

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Ecriture paillasse :

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Philippe Troyon s’installait auprès des chercheurs qui lui ont fait "une petite place" sur la paillasse où se déroulent les "manips" ... Il a pu ainsi écrire dans ce climat exaltant de la recherche sans déranger le travail. Cette relation quasi quotidienne a également permis au cinéaste de peaufiner ses questionnements notamment autour de la question : "qu’est-ce que chercher ?" ...

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Ecriture tournage :

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Après ce long temps de repérage qui a créé des liens importants avec chaque post-doc, Philippe Troyon commencé à tourner avec un ingénieur du son : Christophe Papon et l’aide précieuse d’un chef opérateur : Julien Pamart. Cette équipe réduite de tournage a permis par effet de miroir, de montrer notre façon de travailler dans la durée, d’intégrer l’équipe de l’O.D à l’élaboration d’un film par des questions inattendues, intuitives. Beaucoup de plans se sont tournés comme une recherche scientifique. Parfois certains se demandaient ce qu’allaient devenir toutes ces images et sons ainsi enregistrés.

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Ecriture montage :

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Il y a 80 heures de rushes. Cette phase a été la plus longue, la plus complexe. Il a fallu tout le talent, l’investissement du monteur Julien Pornet pour arriver à déchiffrer, détricoter les intentions profondes du cinéaste. Il a regardé chaque plan pour comprendre ce qui se cachait derrière cette façon si personnelle de filmer qui n’est ni un reportage, ni un documentaire, ni une fiction ... c’est une autre écriture qui s’est engagée.

Nous sommes arrivés à cette idée que le premier film possible dans ce genre de configuration inédite, sur deux années, ne pouvait être qu’un acte de "poésie" dans le sens que Gaston Bachelard affectionne, c’est à dire : l’intuition.

Il a été décidé de faire le montage de deux films :

1- Essai poétique : film#1 : "Nos vies minuscules"
2- Le film Observatoire Documentaire : un lieu , des personnages, le travail :
film#2 : "Là où c’était plusieurs"


Au-delà de cette problématique d’écriture, ce qui s’est passé entre le cinéma et la recherche fondamentale a permis de faire émerger l’idée que deux mondes différents d’approche des choses de la vie, ont pu partager un langage commun avec des mots communs, des questions communes en les traduisant chacun à leur manière. Combien de fois le cinéaste a entendu Matthieu Piel ou Claire Hivroz évoquer que "trouver c’est chercher, et chercher n’est pas forcément trouver" et que nos questions de cinéma pouvaient parfois les amener sur des pistes dans leur propre recherche.