journée pédagogique du 20 mars 2015

L’intervention de l’association Périphérie et celle de Philippe Troyon, fait suite au travail engagé avec l’Association autour du projet d’Observatoire Documentaire. A ce terme de la collaboration, nous souhaitons croiser les regards des professionnelles de la Petite Enfance avec celui du cinéma documentaire en regardant ensemble les séquences filmées par les professionnelles de la structure. Par ailleurs cette journée nous permettra d’échanger avec des monteurs autour des rushes obtenus lors des différents tournages.

L’équipe de la crèche [24 professionnelles] a besoin de se réunir et de regarder collectivement le travail du groupe observatoire en écho au projet d’établissement mis en place depuis maintenant 4 années. L’accompagnement par des professionnels du cinéma nous permet de prendre du recul, de constater que les questionnements se rejoignent, se complètent, s’enrichissent mutuellement.

Cette forme de collaboration entretient une dynamique productive où les professionnelles peuvent remettre en question leur travail au quotidien. Ce travail réflexif vient alimenter les différents projets pédagogiques suivis sur l’établissement

MATIN

Travaux d’analyse à partir des rushes du tournage du groupe 2 et d’extraits de films.


GROUPE 1 : Le plan séquence
Salle de montage - Intervenant Julien Pornet, chef-monteur

Séverine : Auxiliaire de puériculture
Laurence : Auxiliaire de puériculture
Pascale : Auxiliaire de puériculture
Delphine : Auxiliaire de puériculture
Elodie : Auxiliaire de puériculture
Laetitia : Auxiliaire de puériculture
Roseline : Agent Technique des établissements Petite Enfance

Nous avons regardé la séquence de l’Atelier pâtisserie dans son intégralité (plan séquence de 48 minutes).

Les professionnelles (6 auxiliaires et 1 ATEP) ont ensuite réagi chacune leur tour sur cette séquence.

Discussion sur le "temps réel vécu en situation de travail" et le "temps cinématographique vécu en tant que spectateur".

Elles ont analysé d’un point de vue professionnel la séquence : ce qui se passait dans le plan séquence en estimant que dans cette séquence tout se passait de façon idéal et que cela ne reflétait pas forcément la réalité.

En effet, elles sont rarement 2 adultes pour encadrer cette activité mais plutôt 1 auxiliaire avec 4 enfants et l’attention portée aux enfants est de fait moins individualisée. Elles se sont posées la question des ustensiles plus ou moins adaptés pour les enfants (récipients trop hauts, fouets trop gros), des postures pour un tel atelier (assis ? debout ?), elles ont noté que les objectifs de découverte (toucher, goût, expérimentation...) étaient en partie atteints et qu’il ne fallait pas qu’il y ait un objectif de résultat, que le "gâteau fini et goûtu" pour les petits camarades soit le but de cet atelier etc...

Nous avons ensuite analysé la séquence d’un point de vue cinématographique : la place de la caméra ? comment monter une telle séquence dans un film ? Selon le point de vue adopté, les moments choisis ne seront pas les mêmes ? Quelle durée ?
Nous nous sommes poser la question : "est-ce qu’un(e) cinéaste aurait filmé ce moment de vie dans son intégralité ou aurait-il prélevé des moments bien précis ?"

Nous avons ensuite regardé un extrait du film "Le genre idéal", plus particulièrement la séquence "atelier pâtisserie" pour regarder le "parti pris" dans ce film en regard du sujet du film.

Enfin nous avons terminé sur la projection de 2 extraits du "Pays des sourds" pour se confronter à une écriture cinématographique documentaire, aux choix de montage. Nous avons analysé les partis pris de mises en situation, le traitement de l’image et du son...

Le choix de ce film s’est aussi fait parce qu’une des auxiliaires suivait une formation de langage des signes et il était intéressant de confronter une expérience vécue et une approche cinématographique.


GROUPE 2 : "La place, au cinéma"
Salle de projection - Intervenant : Philippe Troyon, cinéaste

Nathalie : Educatrice de Jeunes Enfants
Stéphanie : Elève Infirmière - Auxiliaire de puériculture
Héléna : Auxiliaire de puériculture
Karine : Auxiliaire de puériculture
Nadège : Auxiliaire de puériculture

La place

Qu’est-ce que la place ?
Le déplacement
Approche philosophique de cette notion de place. Evocation de Michel Foucault
La notion de corps et de ragréé : le centre de gravité du regard
Le moment où l’on est à sa place
Le cadre "câlé".
La triangulaire : sujet filmé - le filmeur - le spectateur

L’espace sacré du réel
Comment entrer dans cet espace
Le transgression positive

Pourquoi chercher à tout avoir dans le même plan. Faire confiance au hors champs visuel et sonore.

Vivre son plan

Jusqu’où aller trop loin ?

EXTRAITS :

- Plan 1 adaptation
- Plan 2 plan Adaptation après travail d’analyse collectif

- Extrait Quelle classe ma classe :
Yannick et le Principal de collège, ma place de cinéaste dans un espace contraint
- Extrait Quelle classe ma classe :
La famille Konaté

- Extrait Profils Paysans
Depardon entre dans le cadre …

- Nostalgie de la lumière
La voix off et la poésie documentaire


GROUPE 3 : Le montage
Salle de montage Intervenants : Corentin Loterie - Guillaume Lebel : chefs-monteurs

Lauriane : Educatrice de Jeunes Enfants
Myriam : Directrice de la Crèche Lepage
Marie Michèle : Agent Technique des établissements Petite Enfance
Marianne : Auxiliaire de puériculture
Stéphanie : Auxiliaire de puériculture

Corentin et Guillaume ont exposé les objectifs de cette matinée de travail. Le principal objectif reposait sur l’envie d’échanger à partir des séquences filmées sur la crèche par les professionnelles afin d’orienter la construction du futur film.

Il a été rappelé la difficulté de rendre visible le travail de réflexion engagé dans l’équipe en reflet du projet d’établissement, d’où la pertinence d’être accompagnée par des professionnels du cinéma documentaire.

Cette rencontre avec le monde du montage a eu comme avantages certains :
• De reprendre avec les membres du groupe les intentions de départ, les formaliser à nouveau et finalement se rendre compte de l’évolution constante du travail de réflexion. Le sujet du film reste autour de la transmission d’une identité professionnelle avec comme fil conducteur la parole des professionnelles. L’espace-temps du film retrace la journée de travail en crèche. Nous avons aussi échangé sur l’importance de la place occupée par l’observatoire dans les images filmées et sur la pertinence de savoir à quel moment les introduire dans le film.
• D’expliquer à Corentin et Guillaume comment nous en étions venues à choisir de filmer certaines séquences. Le groupe n’est pas passé par l’écriture d’un scénario, mais chacune des membres s’est engagée dans une démarche personnelle pour illustrer le sujet par une séquence de travail. Nous avons expérimenté l’observatoire documentaire comme étant un outil, un dispositif permettant d’alimenter, de nourrir, d’approfondir la réflexion, les points de vue. Le film sera une trace du travail à un moment donné en sachant qu’à chaque étape, rencontre, un pas de plus est effectué, ce dernier pas restant de fait hors champ.
• D’échanger sur la pertinence de certaines séquences avec les intentions et les valeurs exprimées au début du projet. Conserver un regard bienveillant et respectueux à l’égard de nos collègues. Les séquences choisies doivent pouvoir faire avancer la réflexion et ne pas nuire au travail engagé dans l’équipe.
• D’échanger tous ensemble à partir d’images choisies par Corentin qui pour l’essentiel reprenaient l’ensemble de la parole des professionnelles. Il s’agissait d’une étape de construction, de partage, de regards croisés entre le monde de la petite enfance et celui du cinéma documentaire, chacun alimentant la réflexion de l’autre. L’utilisation de l’observatoire et de la caméra est perçue comme un moyen de valoriser les professionnelles, leurs compétences et leur capacité à penser leur travail. Par ailleurs, Corentin et Guillaume ont pu nous faire partager les moyens qu’ils avaient à leur disposition pour rendre visible le travail invisible avec finesse sans alourdir le propos tout en respectant l’intelligence du spectateur.


GROUPE 4 : A partir d’une séquence filmée par le groupe 2 : le repas
Intervenante : Sylvie Brugié

Travail de groupe. Groupe « repas »

Elisabeth : Auxiliaire de puériculture
Sylvie : Responsable adjointe. Educatrice de jeunes enfants
Bintou : Agent technique des établissements petite enfance
Charlotte : Auxiliaire de puériculture
Juliette : Auxiliaire de puériculture
Barbara : Elève Educatrice de Jeunes Enfants en 2ème année de formation.
Ghislaine : Agent technique des établissements petite enfance

Nous avons visionné une scène du repas chez des enfants d’âge « moyens » (entre 18 mois et 2 ans) cette séquence a été tournée autour des transmissions d’une auxiliaire de puériculture vers une étudiante en formation d’éducatrice de jeunes enfants.

Le groupe a pu échanger sur :

-  Les aspects matériels de l’organisation des repas pour répondre au mieux aux besoins des enfants de cet âge.
-  Les transmissions faites aux enfants sur les découvertes qu’ils sont en train de faire au moment du repas (saveurs ; odeurs ; textures ; relations entre enfants)
-  Les émotions suscitées par le fait d’être filmé
-  L’intérêt de regarder ensemble une même scène pour analyser et réajuster les pratiques, et de croiser nos regards avec des formations différentes
-  Sur l’importance des transmissions orales entre professionnelles qui permettent d’être plus attentif aux besoins des enfants et à la sécurité.
-  Sur les liens avec le projet d’établissement : la partie concernant les moments du repas qui n’était pas vraiment connu par les professionnelles qui n’étaient pas arrivées à la crèche au moment de ce travail.

La majorité du groupe qui n’a pas été formé, a mieux compris l’intérêt de l’observatoire, et donne son accord pour travailler ensemble sur des scènes filmées de la vie quotidienne de la crèche :
→ Regarder ensemble permet de se rendre compte qu’on voit des choses différentes en fonction des personnalités de chacune mais aussi de notre fonction dans la crèche.
→ Voir ensemble aide à observer, permet de partager et d’améliorer ses pratiques. C’est un outil de travail
→ Peut montrer aussi le métier en crèche pour des professionnels
→ Intérêt pour les parents de mieux comprendre ce que peut être la collectivité pour des tous petits
→ Cela peut être encore difficile de se laisser filmer avec une crainte de perdre ses moyens à cause de la présence de la caméra.


APRES-MIDI

Projection du film « L’espace du dedans » réalisé par l’équipe de l’Observatoire de la Crèche du Bourget.

Salle de projection pour tout le groupe

En présence de Christine Mariette, directrice de la crècche du Bourget et de Guillaume Lebel chef-monteur