le tournage

TOURNAGE

Le tournage se passe à la rentrée scolaire entre le 09 et le 13 septembre 2013. C’est la période dite « d’adaptation ». L’équipe est au grand complet prête à affronter une semaine difficile. Philippe Troyon et Julien Pornet sont toujours à leurs côtés pour les aider à filmer, à enregistrer et à « se psoer » entre les prises de vues.

Nous avons :
6 postulantes pour le son : stéphanie / aurélie / karima / julie / catherine / christine mariette
3 postulantes pour filmer : stéphanie / karima / aude / nelly
3 postulantes pour script : aurélie / julie / christine mariette

Plusieurs parents ont été sollicités dont la grand mère qui a eu son fils dans cette crèche lui-même papa des jumeaux de la crèche.


Voilà une impression que j’ai retenue après cette semaine de tournage.

"Vous êtes notre rayon de soleil" nous dit la directrice de la Crèche Division Leclerc au Bourget, Christine Mariette. Quel meilleur accueil peut-on espérer ?

Il faut se lever très tôt pour travailler à la crèche.

L’équipe de l’éducation à l’image de Périphérie, entame son cinquième documentaire dans une crèche départementale de la Seine-Saint-Denis. Nous en sommes à la troisième partie de notre Observatoire : la partie "pratique documentaire" où le personnel de la crèche va filmer lui même son travail. Une thématique à été choisie : quelle peut-être la place du petit enfant et du personnel au cœur d’une crèche à l’apparence minuscule et aux multiples contraintes architecturales. Cela fait maintenant une année que nous travaillons autour de ce thème récurrent qui concerne cette toute petite crèche issue d’un groupement médical d’après guerre, un petit bloc en béton, situé au bord de l’infernale nationale 2 toujours encombrée et bruyante de la ville du Bourget. On dirait une crèche de passage. Il y a 8 auxiliaires - 1 éducatrice - 1 directrice - 1 psychomotricienne - 1 secrétaire - 1 cuisinière -1 lingère pour trente enfants. Elles sont reparties en deux groupes de travail.

Alors effectivement, « la fenêtre » cinématographique qu’on tente d’ouvrir ensemble, pourrait s’apparenter à ce rayon de soleil…

L’impression est toujours la même lorsque j’arrive dans une crèche. Je suis dans un autre temps, dans un autre espace. Le monde du travail. Mais aussi d’humanité.

L’Observatoire Documentaire de la crèche du Bourget entâme une semaine qui va être épuisante, car nous sommes obligés de désorganiser l’organisation. C’est le début de l’année scolaire et nous sommes dans la période des adaptations pour les nouveaux bébés et leurs parents. L’équipe de professionnelles a écrit un scénario documentaire après de nombreuses réunions d’écriture. Que va t-il en rester à l’épreuve de la réalité ?

Chaque jour, elles se partagent les tâches pour le tournage. Petit à petit, elles se rendent compte de la force d’une image et de l’incroyable précision du son. Les équipes ont été prévues à l’avance : cadreuse, micro-perche, scripte. Je suis étonné de l’habilité de chacune d’elles et de l’appropriation quasi naturelle du champ à filmer et à enregistrer au son. Chaque jour, le trajet du film se dessine un peu mieux. En filmant d’une pièce à une autre, en suivant les gestes précis de chaque professionnelle, pendant les jeux d’eau, les occupations ludiques, les lectures, les repas des enfants, elles s’aperçoivent de l’intelligence collective qu’il faut employer quotidiennement pour créer une circulation adaptée dans un lieu extrêmement exigu. L’autonomie et l’espace. Les horaires, les rituels sont respectés et l’arrivée et le départ des parents se fait sans le moindre encombre. Il y a quelque chose qui « roule » dans cette crèche. « C’est de la dentelle » comme se plait à dire, l’éducatrice.

Comment agencer cet espace de multi-âges ? Créer des espaces libres. Recentrer le travail sur l’enfant et s’appuyer sur les fondamentaux : chaque enfant à sa place et ses repères. Chaque professionnelle s’occupe d’un petit groupe d’enfants pendant trois ans avec le respect de cette triangulaire : enfants - parents - professionnelles. Il y a la place de l’enfant et la place aussi de la professionnelle. L’anticipation est essentielle. Julie, l’éducatrice est très attentive qu’aucune auxiliaire soit "sur le carreau". La stabilité passe par le jeu et le rituel. Les jeux sont toujours rangés à la même place pour avoir un vrai repère. Chaque enfant à sa " panière". Quand on est plus grand, on s’intéresse plus à l’espace. J’ai vécu des moments de solitudes très longs dit l’une d’elle. Il faut prendre du recul et prendre plaisir à travailler. Elles sont des « Créatrices d’espaces ». Inventer l’espace, la circulation. L’espace c’est le cœur du bon fonctionnement de la crèche. Il faut que cela soit fluide.

On pense toujours à l’enfant qui est toujours un peu fragile. On prend appui sur l’expérience d’avant. La crèche travaille en deux équipes et en multi-âges. Avec des spécificités pour chaque groupe. Une « trame de travail » se forme, toujours en lien avec la directrice, la psychométricienne, l’infirmière.

Une inconnue reste cependant et c’est bien normal : est-ce que notre organisation ne peut pas marcher ? Il y a eu des moments de doutes. Il y a des choses à améliorer. Par exemple, il manque un espace fondamental : une salle de psychomotricité. Pour que les enfants puissent se mouvoir. Le jardin fait office de ça pour le moment. Mais quand il pleut ça n’est pas possible. Alors comment pousser certains murs ?

Le bureau de la directrice est petit, minuscule. Pour recevoir les parents ça n’est pas facile. Il y a quatre pièces. Il y a une pièce pour le sommeil. Ça n’est pas un espace adapté.

Les transformations sont sans doute possibles. Ne serait-ce que changer les fenêtres, agrandir un peu le bureau en prenant sur le hall d’entrée. Il faudrait redéfinir les espaces au sein de la structure.

Ce film va sans aucun doute nous aider à faire prendre conscience de la nécessité de ces transformations. Mais en même temps et c’est surtout le désir de cette équipe très soudée et formidable, c’est de faire passer l’idée, que la cohésion, la parole, l’imagination, le respect, l’expérience peut rendre un lieu de travail formidable quelque soit sa taille et sa fonctionnalité. Les enfants, les parents, les personnels sont heureux de venir dans cette crèche.

Je dois dire que j’ai moi-même été surpris par l’ambiance de ce lieu. Je croyais vraiment qu’il était impossible de bien y travailler compte tenu de son exiguïté. Elles ont filmé le témoignage de plusieurs parents, elles se sont confiées devant la caméra, et jamais il n’y a eu un sentiment d’aigreur, de frustration.

Elles ont filmé la parole de parents qui pour certains sont venus de générations en générations. A ma grande surprise, ces derniers ont justement choisi cette crèche parce qu’elle est petite, à taille humaine, où les enfants peuvent vraiment se côtoyer ! Du coup, notre sujet de film amène un autre questionnement : pourquoi ne pas créer des « micros – crèches ? » plutôt que des super structures d’architectes avec des espaces perdus ?

Les mots révèlent une réflexion suite à ce tournage : l’enfant est le centre d’un vivre ensemble réfléchi. Les enfants grandissent dans un mouvement positif, dans la circulation, chacun à sa place dans le respect de l’autre.

On voit les bénéfices du travail collectif de réflexions : « Notre métier est formidable car il nous oblige à innover » dit la directrice et « merci de nous en avoir fait prendre conscience ».

Encore une belle expérience, et vous, mesdames, les enfants, les parents, vous êtes notre rayon de soleil… Philippe Troyon