Nos vies minuscules [le film #1]

Parfois, il faut laisser l’autre dire ce qu’on ne sait pas dire soi-même ... prendre sa langue, prendre son génie ... et la matière qu’il en reste ... un brouillon, un film peut-être. Le temps de se chercher ... sans vraiment chercher.

extrait pré-montage [3 minutes]


- Réalisation : Philippe Troyon
- Montage : Julien Pornet
- Son : Christophe Papon
- Idée originale : Philippe Troyon

Film durée exacte : 53’ 40"
@F93 - Imaginem - 2016

@ images scientifiques : Matthieu Piel - Claire Hivroz - Expérimentations Post-Docs - Curie
@ images 8mm - film HD : Famille Troyon et Philippe Troyon


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RESUME

« Nos vies minuscules » ou comment filmer la science au-delà de ses lieux communs. Deux équipes de chercheurs en biologie moléculaire à l’Institue Curie.
Le film écoute leurs questionnements, leurs doutes, leurs convictions… Cette approche par petites touches est émaillée de bifurcations du côté de l’intime du réalisateur et de ces propres questionnements.
Digressions mentales, les fils se croisent, s’entremêlent pour progressivement détourer l’invisible et de le poser dans la rigueur d’un problème.
Quelque chose de la vie est suspendu à ce point précis où le cinéma et la science, de mille manières, tentent de nous désigner la possibilité d’un film.
Qu’est-ce qu’un lieu comme l’Institut Curie et plusieurs équipes en biologie cellulaire comme résonance au cinéma ? La difficulté à filmer la recherche.


Synopsis

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A l’occasion d’un observatoire documentaire que j’ai mené pendant trois années avec deux équipes de chercheurs à l’Institut Curie, je me suis soudainement retrouvé face à moi-même, face à la question de ma propre existence, baigné dans l’univers de la recherche fondamentale, entre cellules et molécules. Je suis frère jumeau, un "faux jumeau" dit-on, et j’ai toujours eu un doute sur mon existence. Est-ce que j’existe vraiment ?

Cette immersion moléculaire, avec les chercheurs, dans ce lieu empreint de l’esprit de Marie Curie, s’est peu à peu transformée en un essai poétique, un voyage dans le corps, dans le temps où le langage scientifique s’est mêlé à celui de "l’angélique" ... ma fiction. Un corpuscule entre moins et plus l’infini. Entre contemplation et observation.

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VOIR LE DOCUMENT DE TRAVAIL ORIGINAL (lié à l’Observatoire à L’institut Curie et F93 : « Là où c’était plusieurs » ) -> Observatoire Institut Curie

PDF - 7 Mo

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La nuit est le jour de la nuit

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La nuit, le jour, la nuit le jour. Le temps qui passe avec moi dans le même voyage. L’immortalité peut être … une équation sûrement. Une probabilité évidemment. Entre moins l’infini et plus l’infini. Entre un noyau cellulaire et une comète cosmique, il n’y a qu’un pas.

Le corps que j’ai, est une organisation préméditée qui prend une forme et qui un jour décide de ne plus exister. L’existence. Je n’ai pas besoin de prouver mon existence. Il y a des manifestations d’existence. Il y a des effets de l’existence. Des interactions. L’existence est une hypothèse. Pourquoi ou comment exister ?

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La seule chose en laquelle je crois, en supposant que j’existe, c’est que le temps est tout petit, que l’espace est immense, que la poésie est le seul langage possible, que l’amour est une émotion indispensable. La mort n’est pas indispensable mais nécessaire. Elle est insupportable. Inévitable. Prévisible.

La seule mort qu’on imagine, n’est pas la nôtre. On ne supporte pas celle des autres de nos proches, mais on la comprend. Celles et ceux qui sont partis avant moi sont des héros de l’au-delà. Ils ont rejoint enfin dans l’équation de la vie, le camp des inconnues. Même morts ils font toujours partis de l’équation globale de l’existence.

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Les chercheurs de l’Institut Curie à Paris

Matthieu Piel - Claire Hivroz - Michel Bornens

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La réalité
Le temps de la recherche

Ce film n’aurait pas pu se faire sans le désir, l’implication, et la disponibilité de quelques chercheurs et l’institution elle-même, prêts à s’ouvrir sur un ailleurs. Leur imaginaire disponible s’est confronté à l’âpreté et l’hermétisme de la recherche fondamentale. Ils ont tenté cette expérience singulière qui a mêlé les chromosomes du cinéma et les équations de la recherche.

J’ai rencontré trois équipes dirigées par Claire Hivroz, Matthieu Piel et Michel Bornens. Chacun est responsable d’une unité de recherche liée au cancer, à la dynamique cellulaire et au langage synaptique.

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Michel, [UMR - unité verte] , Directeur de recherche classe exceptionnelle CNRS, a toujours son laboratoire à l’Institut. C’est une « tête ». Tout en gardant un œil sur ses anciens élèves, il poursuit ses recherches sur le « cil primaire » et le centrosome du noyau cellulaire. Claire, [U932 - unité blanche] dans son laboratoire situé dans le bâtiment de Marie Curie, rue Pierre et Marie Curie, travaille sur le langage synaptique des cellules immunitaires. Matthieu, [U944 - unité jaune] situé dans les nouveaux bâtiments rue Lhomond, travaille sur la bio-mécanique et la migration cellulaire. Des chercheurs du monde entier viennent leur rendre visite pour partager leurs découvertes.

Je suis arrivé à gagner leur confiance et à les sortir de leur langage scientifique un peu « en boucle ». C’est intéressant de voir comment peut se produire une interférence entre l’intime et la recherche. Ils m’ont présenté leurs équipes qui sont essentiellement constituées de post-docs étrangers [environ 30 post docs]. La langue utilisée entre eux est l’anglais. Chaque post-doc participe à la recherche de leur chef d’unité. Le but est d’arriver à mutualiser leurs résultats et de faire une découverte fondamentale collective. Le graal est d’obtenir une « édition » dans une revue scientifique américaine prestigieuse qui sert de validation [Sciences – Cells] . Ils vivent tous avec cet objectif et cela met pas mal de tension. J’ai pu vivre plusieurs moments de stress et de jubilation.

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Le temps de la recherche est le temps d’une rencontre improbable avec l’inconnu et aussi celui de la découverte de l’autre, son voisin. Il y a dans tout cela une dimension humaine chaleureuse tout en ressentant la froideur apparente de la recherche où règne le silence, le bruit des machines et les odeurs de produits actifs. La durée de ce tournage [deux ans] a fait évoluer nos échanges allant de plus en plus vers « l’intime ». De plus l’infini à moins l’infini.

Je me suis souvent installé sur une paillasse avec mon ipad pour prendre des notes. On ne me « voyait plus ». Je vivais avec eux, leurs expériences leurs réussites, leurs échecs, leurs silences, leurs conversations. J’ai filmé après un long temps d’immersion. Et puis les choses de la vie surviennent. Je me suis attaché à filmer régulièrement certains d’entre eux : avec le temps, ils changent. Et certains événements plus ou moins heureux ont agi comme des « traceurs ». Et des événements importants de ma vie sont aussi passés par là !

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L’histoire de cette histoire

L’Institut Curie

Ce film est un des films possibles avec toutes les images enregistrées sur 2 années.
L’opus #1 : "nos vies minuscules" est un film poétique.

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Comment tout cela a commencé ?

Avoir « carte blanche » pour réaliser un film documentaire sur la recherche en biologie cellulaire est une carte sans continent ! C’est tellement vaste ! J’ai donc créé un « premier cadre » pour délimiter mon champ d’investigation. Ce cadre est un Observatoire documentaire mené pendant trois ans à l’Institut Curie, avec deux équipes de chercheurs spécialisés dans la dynamique de la migration cellulaire et dans la réponse immunologique des tumeurs cancéreuses.

Cette forme d’échange et d’expérimentation entre le cinéma et la recherche, a permis de trouver des espaces de partage, un langage commun. Avec mon ami Julien, monteur, nous avons proposé des moments de cinéma en projetant de nombreux extraits de films dans une salle improvisée [Painlevé – Renoir – etc.] et en réalisant le portrait intime de chaque chercheur. Entre deux expérimentations biologiques, nous regardions collectivement ces portraits qui ont renforcé notre lien d’amitié. Nous sommes allés dans un cinéma de quartier « Le Champo » pour voir le film « Estate di Giacomo » en présence du réalisateur Alessandro Comodin. Montrer à travers ce film qu’une question de sciences n’a pas forcément une réponse scientifique. Les mots de la recherche biologique sont souvent ceux du cinéma : séquence – champ – fragments – scénario – cellule – lumière – bruit … et les mots se traduisent en images et en sons, comme autant d’éléments poétiques. Les chercheurs m’ont montré de nombreuses expériences à l’aide de leur microscope électronique et de leurs dessins.

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La durée de cette démarche [trois ans] est un facteur important. Sans elle rien ne peut évoluer, apparaitre, survenir … Le temps « cellulaire » ou du vivant est lent dans ces déplacements, dans ses transformations. Le chercheur « extrapole » pour analyser un phénomène biologique dans son entier. Le cinéaste ralentit le temps, en filmant cent fois la même chose avec l’espoir que rien de la pensée et du geste scientifique ne lui échappera.

Je suis à l’Institut Curie un peu comme chez moi, sous le regard bienveillant de Marie Curie, dont le souvenir reste très présent. J’aime me promener dans son jardin, voir les arbres et les roses qui portent son nom, entendre les feuilles frémir ou tomber dans le vent. Plusieurs saisons ont ainsi passé. Les jeunes chercheurs en blouses blanches sont venus s’asseoir sur le petit banc en bois pour faire une pause. Les couloirs, les paillasses, les escaliers maintes fois arpentés ont rythmé mes journées et mes nuits. Au fur et à mesure de mes découvertes au coeur de ce vivant exploré comme une fouille archéologique, j’ai fini par faire se rencontrer l’intime de chaque chercheur et quelque chose de profond en moi.

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Déconstruction

Acte poétique en trois actes entremêlés.

Ce film est un essai, composé de morceaux écrits et sonores empruntés.

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Une écriture autour d’un mal être ou d’un bien être :
« l’impression de ne pas exister »

Tout s’est construit avec des éléments solides et liquides. Comme dans un rêve, tout se fluidifie et s’en va comme l’eau.

Cà fonctionne comme une poésie, avec des répétitions, des allers et retours, des moments suspendus, des arythmies.

Pourtant il y a un lieu, des personnages, des idées de recherches, du réel. Mais ce qui compte c’est cette blessure, ce cri, une douleur, quelque chose à trouver, quelque chose à perdre.

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Le film est interprété par :

L’institut Curie
Deux Unités de recherche en biologie cellulaire
Un lac
Des cellules
La nuit
La mort
La vie
Le dysfonctionnement
Une comète
Matthieu Piel
Claire Hivroz
Michel Bornens
Des chercheurs
Un poisson
Des arbres
Une main
Le silence
Le bruit
Des molécules
Des livres
8 mm
Des photographies
Des rêves
Le désordre

Une voix
Une recherche sonore et musicale

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Voix et inspirations

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Carlos Drummond de Antrade
"au milieu du chemin il y avait une pierre ... il y avait une pierre au milieu du chemin..."

Gaston Bachelard
d’une conversation :
"Si dans un poème, les images s’immobilisaient on les accuserait d’être des idées..."

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Edith Azam
"Décembre m’a cigue"
"C’est une nuit profonde qui me vient dans les bras..."

Franck Venaille
"La descente de l’Escaut"
"Je ne souhaitais pas naitre … la vie s’est emparée de moi, innocent, confiant…"

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Jacqueline de Romilly
d’une conversation :
"Il faut bien la stabilité d’un paysage et d’une montagne de marbre et de calcaire pour vous aider à réagir à tout cela …"

Gaston Bachelard
"L’eau et les rêves"
"Pour certaines âmes, l’eau tient vraiment la mort dans sa substance..."

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Marguerite Duras
"La vie matérielle"
"Les tableaux, les écrits ne se font pas en toute clarté. Et toujours les mots manquent pour le dire, toujours..."

Bram Van Velde
"Il n’y a aucune solidité dans toute cette histoire … tout est fragile, rien n’est fixé, c’est une merveille qu’on arrive à avoir cet état, où rien n’est fixé, où tout est quelque part, comme flottant …"

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Jacques Rebotier
"Le refuge"
"Depuis tout ce temps mon poussin je me bats avec mes idées, mon amour je me bats avec mes idées contre d’autres idées …"

Molière
"Dom Juan"
"... Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s’est bâti de lui-même..."

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Jacques de Bourbon Busset
"Lettre à Laurence"
"... Je laisse flotter mes pensées qui se dissolvent en une rêverie dont tu es le centre et la lumière..."

Dali
conversation avec Robert Mallet.
[les anges]
"... Dans le pointillisme, tous les points sont posés les uns à côtés des autres bureaucratiquement. Moi j’introduis que chaque corpuscule est un dynamisme particulier à lui. Chaque petit point est une tragédie. Il faut que chaque coup de pinceaux soit l’équivalent d’une tragédie d’Echille..."

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Marguerite Yourcenar
d’une conversation :
"... Diderot a écrit un livre si je ne me trompe, un essai qui s’appelle "le paradoxe du comédien" . Il y a aussi un paradoxe de l’écrivain … et le paradoxe c’est que deux choses à la fois sont vraies et elles sont contradictoires …"

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Texte

[Texte extrait : « Les corps infinis » - Philippe Troyon - Ed.Imaginem 2016.]]

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... Et puis un jour on rencontre l’autre … l’autre soi-même, le non soi-même. Mourir doucement après être né. Il est difficile de comprendre la vie, la pensée des autres. C’est du bruit dans nos têtes. On dirait qu’il y a des trous, comme des trous de mémoires ou des trous de langage. Une discontinuité. Il y a une sorte de folie sans respiration dans cette trame cellulaire. Où sommes-nous là dedans ? Il faut repérer les petits cailloux blancs du chemin.

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Gaston Bachelard : « La poétique de l’espace »

L’immensité intime

« L’immensité est, pourrait-on dire, une catégorie philosophique de la rêverie. Sans doute, la rêverie se nourrit de spectacles variés, mais par une sorte d’inclination native, elle contemple la grandeur. Et la contemplation de la grandeur détermine une attitude si spéciale, un état d’âme si particulier que la rêverie met le rêveur en dehors du monde prochain, devant un monde qui porte le signe d’un infini.

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et puis il y a l’espoir ... une marche.

Paris : manifestation « Sciences en marche » le 17 Octobre 2014.

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Pierre Joliot Curie, petit fils de Pierre et Marie Curie, dans le jardin de l’Institut. Le 28 novembre 2014. Discours militant et dépôt de fleurs au pied de la statue de bronze de ses grands-parents.
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GENERIQUE FIN // Extraits





PROJECTION COUTURIERE

13 Juillet 2016 - Périphérie

avec Michel Bornens (Directeur de recherche classe exceptionnelle CNRS) - Matthieu Piel (Biologie cellulaire systémique de la polarité et de la division) - Claire Hivroz (Dialogue entre Cellules T et Cellules Dendritiques) - Julien Pornet (monteur) - Philippe Troyon (réalisateur) - Piero d’Houin

Piero d’Houin
"Ce n’est ni un reportage ni un documentaire comme on pouvait le redouter, mais bien une véritable œuvre construite sur une réflexion de créateur qui utilise le matériau semi-brut des 80 heures de tournage pour bâtir une œuvre originale utilisant de nombreux symboles : l’eau, la mort, l’amour, la vie…"

Michel Bornens
"Encore bravo pour cette surprise »

Claire Hivroz
Merci pour ce joli cadeau que tu nous as fait.
J’essaie de mettre des mots sur mes émotions et ce n’est pas facile !

D’abord, j’ai aimé votre façon de nous présenter, oui comme tu le dis nous paraissons sympathiques et fragiles pas comme l’image d’Epinal de savants en haut d’une tour d’ivoire.
"L’image" que vous donnez de nous est très respectueuse et intelligente et je vous en remercie.
Je trouve aussi que cela donne une image vraie de ce que peut être le travail de recherche.

"Je cherchais après la projection ce qui m’a particulièrement touchée, je crois avoir trouvé.
J’y ai vu une recherche de l’origine, la tienne, celle de l’idée créatrice (la tienne et la notre de chercheur), celle de la vie et celle de la mort et puis aussi l’origine des liens entre nous et nos parents, nous et ceux que l’on aime, nous et ceux avec qui on partage un bout de chemin.
La présence de l’eau est aussi étroitement liée à cette quête de l’origine. "

Matthieu Piel
"merci beaucoup pour cette projection. C’était très bien !
Tu me diras quand tu veux que je lance l’organisation d’une projection à Curie."

@photo de Piero D’Houin


L’ESPRIT D’ ESCALIER

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Diderot, dans son Paradoxe sur le comédien, écrit : « l’inspiration nous vient en descendant l’escalier de la tribune ».

Antimémoires de André Malraux
"La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache."
"L’autre n’est qu’un misérable tas de secrets"

René Diatkine, psychanalyste
"L’autre n’est pas né pour vous faire plaisir"

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Une de mes inspirations cinématographiques : Godard, jusqu’à ne rien comprendre mais ressentir quelque chose de profondément juste.

[source wikipédia]

Méthodes de travail

Titres

Godard choisit généralement le titre de son prochain film avant de savoir à quoi ressemblera le film. Dans un entretien avec Serge Kaganski en 2004, il explique : « le titre vient toujours avant. Le seul titre que j’ai trouvé après le film, c’est À bout de souffle, et je ne l’aime pas du tout. Pour le suivant, j’ai eu l’idée d’un titre, Le Petit Soldat, avant même de savoir à quoi ressemblerait le film. Les titres sont devenus des panneaux indicateurs artistiques. Le titre me dit dans quelle direction je dois chercher. »

Godard et l’art de la citation

Les films de Godard sont peuplés de citations, qu’elles soient picturales, musicales, littéraires, philosophiques, historiques ou cinématographiques. Dans la conférence de presse qu’il donne au festival de Cannes en 1990 au moment de la sortie de Nouvelle Vague, Godard se définit comme l’« organisateur conscient du film » plutôt que comme l’auteur et explique son rapport aux citations : « Pour moi, toutes les citations - qu’elles soient picturales, musicales, littéraires - appartiennent à l’humanité. Je suis simplement celui qui met en relation Raymond Chandler et Fedor Dostoïevski dans un restaurant, un jour, avec des petits acteurs et des grands acteurs. C’est tout. »

Citations célèbres de Godard :

« L’objectivité, c’est 5 minutes pour Hitler, 5 minutes pour les juifs »

« La télévision fabrique de l’oubli. Le cinéma fabrique des souvenirs. »

Éléments autobiographiques

Jean-Luc Godard ne fait pas de films autobiographiques. Néanmoins, on peut retrouver dans certains de ses films quelques éléments à caractère autobiographique. Par exemple dans À bout de souffle, la scène dans laquelle Michel Poiccard vole de l’argent à son amie Liliane pendant qu’elle s’habille rappelle l’habitude du jeune Jean-Luc Godard de voler de l’argent à ses proches.
Dans Le Petit Soldat, on voit une jeunesse adepte de provocations politiques, de belles voitures et de drague obsessionnelle, vraisemblablement assez proche du milieu que Godard a fréquenté à Genève en 1953 et 1954. Dans Prénom Carmen, Godard joue lui-même le personnage de l’oncle Jean, un cinéaste interné en hôpital psychiatrique. Godard a lui-même fait un séjour en hôpital psychiatrique en 1953, interné à la demande de son père pour échapper à la prison après un vol.

Analyses de l’œuvre

Portrait de Jean-Luc Godard

Construction des films
Godard explique : « J’ai fait plutôt des films, comme deux ou trois musiciens de jazz : on se donne un thème, on joue et puis ça s’organise. ». À des degrés divers et selon les époques, le cinéaste rompt avec la dimension narrative du cinéma classique ainsi qu’avec l’idée de personnages. Toutefois, ses premiers films sont influencés par la série B, le polar et le film noir qu’ils cherchent à transcender par une relecture critique des genres au détriment d’un récit traditionnel. Alphaville revisite, quant à lui, l’anticipation. Son œuvre joue du faux raccord et déconnecte l’image du son qui deviennent deux entités à part entière. Par ailleurs, Godard mêle indistinctement fiction, documentaire, militantisme, peinture, sociologie, musique et art vidéo. Il n’y a pas forcément de scénario, ni de dialogues préétablis, mais une suite de collages ou une mosaïque de fragments visuels et des notes éparses, assemblées selon des liens plastiques et sonores. Dans ses réalisations, le sens à donner aux images appartient au spectateur : la signification naît après la vision et non avant.

Montage
Pour le philosophe Gilles Deleuze, l’art du montage chez Godard est construit sur l’usage du ET, de l’entre-deux pour montrer le no man’s land des frontières : « Ce qui compte chez lui, ce n’est pas 2 ou 3, ou n’importe combien, c’est ET, la conjonction ET. L’usage du ET chez Godard, c’est l’essentiel. C’est l’important parce que notre pensée est plutôt modelée sur le verbe être, EST. [...] Le ET, ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est toujours entre les deux, c’est la frontière [...] Le but de Godard : « voir les frontières », c’est-à-dire faire voir l’imperceptible ».


ECRIRE LA VIE

Antoine Compagnon
05 janvier 2010 16:30 Cours Amphithéâtre Marguerite de Navarre - Marcelin Berthelot
Fondation Bettencourt Schueller

ECOUTER LE COURS :

MP3 - 41.1 Mo
ECRIRE LA VIE - ANTOINE COMPAGNON [Collège de France]

VOIR > LE SITE DU COLLEGE DE FRANCE

Littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie

Le cours de cette année se présente comme la suite du cours de l’an dernier. Après avoir posé les prémisses d’une réflexion sur l’écriture de vie qui s’appuyait ponctuellement sur les auteurs cités – mais il a été davantage question de Stendhal et de Proust que de Montaigne –, il s’agit à présent de se frayer une voie à travers le texte des Essais, selon l’idée montaignienne que l’intérêt de la chasse est dans la quête, plutôt que dans la prise : « L’agitation et la chasse est proprement de nostre gisbier quotidien [...] car nous sommes nais à quester la vérité [...] » (II, 12) ; « Qui n’aime la chasse qu’en la prise, il ne lui appartient pas de se mesler à nostre escole » (III, 5). Montaigne est donc cette année au centre de notre « terrain de chasse », sous l’angle de la présence de la vie dans l’écriture des Essais.

On s’est attardé l’an passé sur la théorie actuelle du moi narratif développée par les philosophes moraux analytiques, tels Charles Taylor et Alasdair MacIntyre, et introduite en France par Paul Ricœur. Cette doxa contemporaine liant identité et narrativité inverse en quelque sorte les présupposés sur lesquels reposaient la pensée critique des années soixante-dix, en s’opposant à la condamnation de l’écriture de vie, de son abus et de son aporie, portée au XXe siècle par Proust, Sartre, Barthes ou Foucault.

Ce bref rappel du chemin parcouru l’année passée ne pouvait éviter de confronter la réflexion théorique menée dans le cadre de ce cours et la pratique même de l’écriture de vie qui l’a accompagnée, jusqu’à la publication, à l’automne 2009, du Cas Bernard Faÿ, sans qu’il y ait pourtant eu contamination consciente entre ces deux entreprises. Ce sont donc les raisons de cette ignorance réciproque entre d’une part, la main du théoricien préparant chaque semaine un cours sur l’écriture de la vie, et de l’autre, celle du biographe s’attelant à l’écriture de la vie d’un pair,lui aussi spécialiste de Proust, professeur aux États-Unis puis au Collège de France, qu’il a fallu tenter d’élucider, après coup. Ce n’est que dans le retour a posteriori sur cette entreprise contradictoire de déchiffrement d’une vie que s’est imposée sa dimension inquisitrice, sa parenté avec la démarche du détective qui force les secrets d’autrui, pénètre par effraction dans son existence, enfin cherche à donner une cohérence aux événements qui la constituent, en une chasse où la prise n’est pas toujours celle que l’on attendait...

L’œuvre de Montaigne offre aujourd’hui un point d’appui pour tenter de résister à ce lieu commun de la vie comme récit qui est au fondement de l’idéologie contemporaine : « ce ne sont pas mes actes que je descris, c’est moy, c’est mon essence » affirme-t-il au chapitre « De l’exercitation » (II, 6). Les Essais permettent en effet de saisir le moment historique du passage du genre classique des Vies exemplaires au genre moderne de la biographie individuelle et particulière, selon une perspective diachronique que les derniers cours de la session précédente avaient commencé d’esquisser à partir d’une rapide enquête sur le mot même de biographie.

À partir de l’analyse des moments de vie fugitifs, des épiphanies, des « vies minuscules », des parenthèses – comme cette allusion à la mort de ses enfants dans un ajout au premier chapitre des Essais – qui émaillent çà et là le tissu du texte montaignien, on veut saisir les rapports entre l’écriture de la vie et l’écriture du moi, qui marque l’émergence de la subjectivité moderne. L’inflation du moi traduit chez Montaigne la substitution d’un discours de vérité sur un homme particulier et approximatif à un discours d’exemplarité prenant appui sur l’examen de la conduite des grands hommes. Ainsi se comprend la célèbre formule liminaire du chapitre « Du repentir » (III, 2) : « Les autres forment l’homme ; je le recite et en represente un particulier bien mal formé, et lequel, si j’avoy à façonner de nouveau, je ferois vrayement bien autre qu’il n’est ». Le verbe réciter renvoie ici moins au « récit de soi » comme relation de paroles, de faits et gestes, suivant une narration qui les relie, qu’à l’idée de liste, d’énumération d’événements discontinus, d’ébauches de récits de vie.


Le travail après le montage

ETALONNAGE
avec Théo RAUSCH
Les films du Périscope [Montreuil]

MIXAGE
avec Romain OZANNE
Ossom [Paris]
La Puce A l’Oreille [Montreuil]

PROJECTION DE TRAVAIL
avec l’équipe et Lyvia - Arnaud

Film Factory [Paris 18]


Clin d’oeil, pour quelques étoiles filantes

(je m’approprie cette belle chanson de M que j’adore : Ma bonne étoile)

Visible,
À l’oeil nu si on veut
Il fallait ouvrir les yeux
Sur ce point lumineux

J’étais à des années lumières
De penser qu’un jour
Je pourrais y croire

À la belle étoile

https://www.youtube.com/watch?v=jR0swWq6OOg


ECRIRE LA VIE - ANTOINE COMPAGNON [Collège de France]