Les regards qui content [le film]

Les regards qui content


Documentaire de Philippe Troyon - Imaginem - 30’ - 2003 - Montage : Mélanie Dupas

Atelier d’écriture images - Classe de 6ème - Collège Marcel Cachin au Blanc Mesnil - 2002 - 2003 - Professeur Azeddine Belmokhtar
Atelier expérimental sur le Regard et la Mémoire de l’enfant adolescent.

Production : Périphérie images & territoire - Imaginem Web

Avec la participation de : Rectorat de Créteil - Contrat Ville du Blanc-Mesnil - Collège Marcel Cachin - Coordination enseignants : Azeddine Belmokhtar

Travail sur le regard : lors d’un voyage en Italie, à la recherche de la ville idéale, des enfants apprennent à regarder.

Intentions de Philippe Troyon :
C’est cela que je souhaite travailler avec les élèves du même âge : comprendre ce qu’on filme comme on doit comprendre ce qu’on dit, ce qu’on écrit, ce qu’on lit.

Au fond filmer c’est comme écrire, c’est formuler une pensée en regardant, l’énonciation décrit l’image rendue, devenue autonome. Car l’image ne nous est pas donnée même si elle apparaît naturellement et en permanence sur la rétine de nos yeux. Nous devrions être presque des aveugles qui créeraient chaque jour leurs images : des images de soi mêlées aux images du monde . Aujourd’hui plus que jamais, il faut rappeler que dans cette profusion d’images et de sons, il y a surcharge de sens , de faux sens…défaut de sens.

> Comment un souvenir devient-il une mémoire ?

Atelier sur le site de Todi, la ville idéale

Tel est le thème de cette année avec les élèves de 5ème du collège Marcel Cachin qui ont fait un voyage d’étude en Italie l’année dernière avec comme thème porteur : qu’est-ce que la ville idéale ?

> Avec leurs films, leurs dessins, leurs écrits, l’atelier consistera à mettre à l’épreuve les souvenirs avec le recul du temps, face aux images ramenées du voyage.

> Recueillir ces nouvelles paroles.

> Organiser une mémoire comme trace de leurs émotions de leurs découverts de leurs travaux sur la ville idéale ou rêvée.

La confrontation à une image permet de questionner la mémoire pour qu’elle devienne vivante.


Récits de regards
Atelier sur le site de Todi

Les textes

Texte 1 : prologue : souvenir d’enfance
Texte 2 : impression fragile : [une fresque de Cimabue]
Texte 3 : silence léger : [une rumeur à Todi]
Texte 4 : épilogue : aujourd’hui mon regard d’enfant


Texte 1 : prologue
[souvenir d’enfance]

“Je me souviens, lorsque j’étais petit (10 ans), je ne comprenais pas ce que filmais avec ma caméra 8mm. Mon professeur de géologie avec qui je faisais des fouilles géologiques dans l’ancien Pontoise m’avait demandé de filmer les fouilles. Je ne savais pas par où commencer comme si je n’arrivais pas à faire une phrase…”

C’est cela que je souhaite travailler avec les élèves du même âge : comprendre ce qu’on filme comme on doit comprendre ce qu’on dit, ce qu’on écrit, ce qu’on lit.

Au fond filmer c’est comme écrire, c’est formuler une pensée en regardant, l’énonciation décrit l’image rendue, devenue autonome. Car l’image ne nous est pas donnée même si elle apparaît naturellement et en permanence sur la rétine de nos yeux. Nous devrions être presque des aveugles qui créeraient chaque jour leurs images : des images de soi mêlées aux images du monde . Aujourd’hui plus que jamais, il faut rappeler que dans cette profusion d’images et de sons, il y a surcharge de sens , de faux sens…défaut de sens.


Texte 2 : impression fragile
[une fresque de Cimabue]

Au XVème siècle pour peindre une fresque, le peintre devait se fier à sa mémoire.

Retenir une image sur de la chaux et de l’eau , était précis, volatile et irréversible. Il fallait se souvenir de ces dessins préliminaires.

C’était une technique de reproduction , annonciatrice de la photographie. En et place de la gélatine et des cristaux argentiques, il y avait : la chaux, l’eau, le sable, des pigments, de l’air oxydée.

La main devait être rapide et habile pour reproduire les tracés de l’imaginaire.

L’impression murale était une technique assurée mais elle était éphémère et s’effaçait avec le temps.

Sans mémoire, il n’y a pas de souvenir.


Texte 3 : silence léger
[une rumeur à Todi]

Avec l’image, il y a le son.
Une image a un son. Le son a une image.

Une voix, c’est un paysage.

Retrouver le souvenir d’une sonorité comme une trace, comme une rumeur intérieure .

Une ville. Une ville idéale, Todi.
Dans cette ville, il n’y a pas de son idéal.
Il y a un chant, l’harmonie du silence.

C’est fragile comme le temps qui passe. Un son en hauteur.


Texte 4 : épilogue
[Aujourd’hui, mon regard d’enfant]

Mon regard d’enfant a grandi… les yeux éblouis par la lumière du soleil, stimulés par tant d’images .

Je distingue l’ombre et la lumière indissociable.
Je comprends enfin ce que je regarde. J’écoute mieux.

Au fond de l’oeil, ma rétine absorbe, comme une fresque, les fragments de lumière recomposés pour créer le souvenir, la mémoire de l’expérience.

« J’aurai tout vu », c’est à dire rien, est l’essence de ma vie.
L’imaginaire de l’inconscient me semble être la seule voie honorable de notre vie manipulée.
Avec ces enfants, j’ai retrouvé le goût de l’insouciance et de la beauté.
Il vaut mieux ne rien comprendre à ce qu’on filme, lorsqu’on est un enfant.